Mes Poèmes au fil des jours et des nuits/tous droits réservés

Nouvellement

Et dans cette douceur
Sur la vie plus forte que tout
Des anges passent

Entrant dans l’âge de tendresse
Effaçant les pas dans les boues
Les enlisements et les peurs
Le cœur
Mis à nu
Ne tremble pas
Protégé de flocons de neige
Et de larmes pleines de rires

Aux abois
Les bois se taisent
Les cerfs s’endorment
Et les biches bondissent dans les fourrés
Les fougères scintillent
Les mousses frisent près des sources

Il y a Rimbaud de nouveau
Il y a les poètes ressuscités

Sur la vie plus forte que tout
Il y a l’enfance
Il y a l’enfant
Éternité des soleils et des aubes

Longtemps
Long le temps

Un lavis
La vie.

Anny C.

inédit avril 2019






Anny C.

 

L’initiale de mon prénom est un A.

Enfant, j’ai appris à l’écrire en traçant trois traits : le premier oblique descendant à gauche, le second oblique descendant à partir du sommet du précédent trait, à droite, la troisième transversal court et droit reliant les deux.

Cela réalisait un A majuscule.

J’écris de plus en plus souvent au clavier de l‘ordinateur et ne prends la plume que rarement. C’est ce que je fis dernièrement et, traçant un A majuscule pour écrire Avril, je constatai que je n’écrivais pas mon A ainsi que je l’avais appris mais de la façon suivante : partant du bas (et non du haut) à gauche, je m’élevais en oblique puis, sans lever la plume, descendais en oblique droit et remontais sans toujours lever la plume pour nouer les deux obliques ensemble au milieu. Cela faisait un A plus rond, sorte de nœud marin que je ne peux pas dessiner au clavier.

Alors, surprise par mon geste, me revint le souvenir d’une séance de devoirs « à la maison » pendant l’école primaire. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Cette séance avait lieu chez mon amie d’enfance M. C’était, pour moi, une fête de faire les devoirs chez elle, sur la grande table carrée de la salle à manger que je connaissais bien, fréquentant régulièrement sa maison auprès de sa mère qui brodait au bord de la fenêtre telle le brodeuse de Vermeer. C’était une fête pour moi, car c’était rare que j’eusse le droit de rester chez M. pour faire mes devoirs. Nous étions toutes les deux dans la même classe, nous étions inséparables. Ce jour- là, un jeudi sans doute, son père passa auprès de nous et dit à M. que je formais mieux les lettres qu’elle, qu’elle devait prendre exemple : j’en fus saisie.

L’autre jour, écrivant donc un A d’Avril, je constatai que je faisais le A comme M. Le geste mimétique, parfaitement semblable à son A que je reconnaîtrais entre mille était une étrange inversion qui avait ancré en moi la parole de son père comme si je ne voulais pas écrire mieux que mon amie, trouvant, finalement son A plus harmonieux que le mien.

Mon geste signait l’enfance fusionnelle, et même si les liens se sont déliés, laissant des barres de A dispersées comme des bûchettes, si j’écris encore souvent, pas toujours, un A façon M, je revois le buffet de la salle à manger, la chaise de la brodeuse, l’évier dans le coin à gauche, les tomettes rouges du sol, la fenêtre ouverte sur les immenses cèdres bleus de la maison d’en face, le banc de pierre de l’autre côté de la rue où nous avons tant ri et tant rêvé, de la rue qui s’appelait « Des alliés » comme par hasard, et j’entends les voix des autres camarades, je revois la lumière des soirées d’été pendant les grandes vacances, je ressens les heures comptées avant le rappel familial comme un arrêt sur image… ville et jardins dans ma tasse de thé a écrit Proust, car mon geste reconstitue un A majuscule et fier , véritable tour Eiffel du pays de l’enfance.

 

 A St John Perse, ( tasse de thé de M.) , qui demande :

«Sinon l’enfance , qu’ y avait-il alors qu’il n’y a plus ? »,

je peux, (ayant maintenant écrit ma page d’écriture), enfin  répondre : un A majuscule !

 

 

 

Anny C

Fil rouge aux grains de grenade

inédit

 

 

 

J’ai, dans mon jardin, un pied de rose - mousse qui me vient du jardin de ma mère qui le tenait du jardin de ma grand-mère. A chaque printemps, quand je revisitais le jardin avec elle, elle me disait : « C’est bonne maman qui me l’a donné. » 

J’aimais qu’elle me le redise. 
La rose - mousse est petite, elle fleurit aux alentours de Pâques, douce, son éclosion est discrète. 
Lors de la vente de la maison d’enfance, j’ai pris avec précaution ce pied de rose - mousse : dans mon jardin, il a pris racine, en ce moment il est en boutons minuscules, oeufs de Pâques floraux dans leurs cocons de mousse. Quand je passe devant lui, je revois ma mère et le jardin, mon enfance, sa lumière sous la voûte de glycines. 
La rose-mousse a survécu à tous les temps, à tous les changements, elle est le témoin modeste et silencieux de la permanence dans l’impermanence. Je ne la couperai pas pour en faire un bouquet, elle restera belle au bout de sa tige, offerte au temps des cathédrales jusqu’à ce qu’elle se fane comme se fanent les roses, toutes les roses qui durent ce que durent les roses sans mourir cependant, pour refleurir, si on les aime, dans le tabernacle du prochain printemps.

in
Fil rouge aux grains de grenade
inédit

 

 

 « L’inaccompli bourdonne d’essentiel » écrivit René Char.

 

 

Et puis ce 15 avril 2019 le réel mit le feu à Notre Dame de Paris accomplissant un essentiel et toute conversation s’est figée dans la sidération de l’incendie.

Je songe à l’abbatiale de Conques. Je songe à la basilique de Vézelay. Je songe à notre Dame de Verdelais, à toutes les cathédrales, à toutes les églises, à toutes les chapelles, à tous les temples, à toutes les synagogues, à toutes les mosquées, à toutes les pagodes, à tous les lieux de prières qui recueillent des paroles secrètes dans leurs écrins précieux, petites flammes  sincères ! 

Il a fallu éteindre l’embrasement, la Seine elle-même étreignant la cathédrale dans ses bras a offert aux soldats du feu le meilleur de ses eaux. Il y eut une solidarité élémentaire pour sauver l’âme et le corps de Notre Dame abîmée de sa cime et rallumer la flamme d’une foi indéfinissable qui chuchote à nos consciences de cesser de jouer avec le feu car il est cette puissance de vie ou de mort. 

Dans les pratiques chamaniques, symbole de régénérescence, il consume ce qui n’a plus lieu d’être pour laisser place à une nouvelle perspective de vie. 

Chacun lira l’événement à sa façon mais l’énigme reste entière de l’origine de ce feu. 

 

« Oui, je sais mon origine! 

Insatiable, telle la flamme,

Je me consume incandescent. 

Lumière devient tout ce que je prends,

Charbon tout ce que je laisse

Flamme je suis assurément. »  écrit Nietzsche à propos du Feu.

 

Anny C.

 

  in

"Fil rouge aux grains de grenade" inédit

Jours glissants

 

Moi :

 

Quel charivari que le printemps !
Il invite à se dévêtir pour le défilé magistral du grand couturier.
Ce matin j’ai vu trois violettes, époustouflantes, de ce mauve profond qu’on ne revoie que sur les archevêques ! J’ai la religion du Printemps comme celle de l’enfance qui fait des pieds et des mains dans la lumière. 
Maintenant, à l’âge du mica, j’ai aussi celle de la mer et du nuage, avec la force du granit et son fragile feuilleté, celui qui aspire à tendre vers l’immortalité telle la surprenante violette.

 

La voix :

 

Tu connais deux étranges sœurs, Nostalgie et Mélancolie, comme deux étranges fleurs de ton jardin. 
Nostalgie est une immortelle, fleur de la St Jean, qui peut garnir un beau vase chinois, riche de ses couleurs douces et de son parfum épicé, elle est fragile et se veut rassurante, Nausicaa la prisait pour sa propre beauté. 
Mélancolie, elle, est une fleur noire de l’automne, triste et grave, poète à ses heures, elle a besoin de beaucoup d’amour et de soins pour retrouver le sourire qui garde cependant, un fond de tristesse. 

 

Je

 

Ma préférence va à la noblesse de la seconde. Nostalgie est attendrissante mais un peu lâche, un peu fuyante, se berce d’illusions passées avec complaisance. Mélancolie garde le cœur plus ouvert comme pour être consolée en secret. 

 

Le choeur

 

Mélancolie va mieux à Léo Ferré qu’à un nom de radio :
« C’est un chat perdu qu’on croit retrouver... la mélancolie… »

 

La voix :

 

« C’est (aussi) voir dans la pluie le sourire du vent
Et dans l’éclaircie la gueule du printemps 
C’est dans les soucis voir la fleur des champs 
La mélancolie… » (Leo Ferré)

 

Je

 

C’est un sentiment qui a la douceur du cachemire par temps froid.

 

La poésie

 

Dans le train de nuit
Les corps bercent
Des valises de rêves 

 

in Jours Glissants


AMC.

Anny C.(édilivre)

Commentaires

25.01 | 07:56

MAGISTRAL, DEVOS

...
06.08 | 15:40

Bonjour Anne Marie,

Quel plaisir d'écouter Pascal Quignard, que je n'ai jamais réussi à lire, je vais essayer à nouveau avec "l'Homme au trois lettres".

marc

...
13.07 | 17:23

plus de cejourdhui! horreur et damnation, poussée de fièvre; je n'avais pas vu ce dernier et me consolais dans Talents et en égrenant tes délicieuses arilles

...
29.01 | 10:27

pensées éphémères - non non non elles restent gravées dans les coeurs de + en + profondes avec le temps qui passe Rose-Marie

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