EPHEMERIDE

AU BOIS DE HAL

Après avoir relu quelques pages de La Recherche du temps perdu et m'être délectée des aubépines en fleurs et des évocations florales inégalées de Proust, dans ce parfum coloré et plus présent que nature, j'ouvris Odes de David van Reybrouck à une page qui pouvait prolonger ce délice, je choisis: Ode au printemps. Et bien, contrairement à ce que je craignais un peu, le texte ne m'a pas déçue.

L'auteur remarque que le littérature actuelle en Flandres ou aux Pays bas boude la nature alors que les peintres contemporains néerlandais la célèbrent. Suivent alors trois pages merveilleuses que Proust ne pourrait désapprouver:

 

 

"(...)Ce weekend vous allez au bois de Hal près de Bruxelles(..). De même que les Japonais prennent des congés pour aller regarder les cerisiers en fleurs,(...)toute la capitale de l'Europe prend à la mi-avril, la direction du bois de Hal car il y pousse, sous les bouleaux encore frêles, un tapis bleu-mauve de jacinthes sauvages qui ondule à l'infini.Le phénomène est véritablement psychédélique.On dirait que, pour la première fois de sa vie, on est dans une forêt où le ciel n'est pas seulement au-dessus des arbres, mais aussi au sol entre les racines.Ce n'est pas un sous-bois mais une voûte céleste. Pas de l'humus mais des cumulus.Cette impression est amplifiée par le flottement, au-dessus de ce ciel au sol, de petits nuages vert vif de feuillages de bouleaux.

Voilà à quoi cela ressemble:

 

 

Et vous ne pouvez vous empêcher de penser aux derniers tableaux de Monet, quand, dans son jardin de Giverny il ne peignait plus que les nénuphars, ou plutôt des touches de lumières de nénuphars,car il avait la cataracte.

 

Tandis que vous vous promenez dans ce bois de Hal magique, vous voyez pour la première fois à quel point le vieux Monet ressemble tout compte fait au jeune Jackson Pollock(...) Vous voyez parfaitement que la frontière entre le figuratif et l'abstrait est bien moins absolue que l'enseignement de l'art veut nous le faire croire.(...)et vous découvrez qu'une photographie de Richard Weingarten, a fait des prises fantastiques du plancher de l'atelier de Pollock. Et que ces planches sont elles-mêmes couvertes d’œuvres d'art inattendues.

 

Et vous découvrez que les éclaboussures sur le plancher aux États-Unis sont aussi des touches de lumières de nénuphars à Giverny et de jacinthes dans le bois de Hal. Et vous découvrez que les galets dans le lit d'une rivière sont le résultat d'une action painting réalisée par l'eau. Et vous décidez de chanter, en vous sentant de moins en moins gêné, de plus en plus libre, votre amour de la nature" David van Reybrouck, Odes, acte sud

 

Alors, je n'ai pas eu besoin d'ouvrir une autre page, ni de Proust ni de van Reybrouck, et je me suis souvenue de cette réflexion:

 

"Qui lit seulement pour passer le temps oubliera ce qu’il a lu et se retrouvera aussi pauvre qu’avant. Mais qui s’adonne à la lecture comme on écoute un Ami verra les livres s’ouvrir à lui et devenir siens. Leur substance ne s’évanouira pas, ne se perdra pas ; elle l’accompagnera, elle lui appartiendra, le réjouira et le consolera comme seuls les Amis savent le faire." Hermann Hesse- (Une bibliothèque idéale)

Et j'entendis au loin ...

Un rossignol en mal d’amour
Chante et rechante tour à tour
Sur le mode
Majeur
Puis le mode mineur
Et je voudrais qu’il prît le ton de l’ode
Afin de te chanter à ce déclin de jour
Ma très chère ptit Lou toi ma très chère amour

(Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou, ch. XL)

 

 

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Commentaires

25.01 | 07:56

MAGISTRAL, DEVOS

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06.08 | 15:40

Bonjour Anne Marie,

Quel plaisir d'écouter Pascal Quignard, que je n'ai jamais réussi à lire, je vais essayer à nouveau avec "l'Homme au trois lettres".

marc

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13.07 | 17:23

plus de cejourdhui! horreur et damnation, poussée de fièvre; je n'avais pas vu ce dernier et me consolais dans Talents et en égrenant tes délicieuses arilles

...
29.01 | 10:27

pensées éphémères - non non non elles restent gravées dans les coeurs de + en + profondes avec le temps qui passe Rose-Marie

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