Cartes postales postées

PETITE CARTE POSTALE DE MON JARDIN D'HIVER

 

 

 

 

 

Chers amis,

 

 

C’est, dans mon jardin, un streap tease généralisé : les arbres se dénudent à qui mieux mieux !

Ils me donnent  des frissons, me font tourner la tête comme feuille au vent. Sans  aucune pudeur, ils dévoilent leurs charmes, exposent leurs corps dans un ballet digne du Crasy horse ! Le jeune poirier lui-même est entré dans la danse ; lui qui ne donne encore aucun fruit, voilà qu’il joue les dévergondés et fait, tout nu, le beau !

La jeune vigne ne se couvre même pas  de sa célèbre feuille pour cacher sa nudité : nous voilà au paradis, dans les temps d’avant le péché originel !

Sa sœur, la vigne vierge, effeuillée comme une marguerite, ne rougit  plus en enfilant  côté sud des bas résilles qui dévoilent des zones claires comme des chairs.Je me demande parfois ce qu’en pense le voisin…

Le ginkgo biloba, viril et fort de sa réputation, arbore ses branches musclées, indifférent au temps qu’il fait et aux plaintes du vent. A ses pieds, l’herbe rase le sol et le gravillon devient tout pâlichon.

Ce sont, c’est vrai, les érables qui me touchent le plus : leurs feux se sont éteints et les voilà devenus squelettiques dans leur simple appareil.

Quand je passe à côté d’eux, je détourne pudiquement les yeux, enfouie dans mes châles, pour ne pas croiser leur regard!

Comme je ne suis pas de bois, je dois avouer que le lagerstroemia  a de bien belles branches, lisses comme des jambes de danseur, douces aussi ; vraiment je ne lui dirai pas d’aller se rhabiller, et je me demande même pourquoi il le ferait au printemps prochain ! Les oiseaux aiment se reposer sur ses jambes croisées et parfois, malgré le froid, ils chantent ; je leur donne alors quelques graines de pavot et nous rêvons ensemble à des fumeries d’opium, bercés par d’étranges  musiques.

Alors, sous la lune, des pages entières de Pierre Loti recouvrent le tronc de l’arbre de Judée dans les mille et une nuits de mon jardin d’ hiver.

Seuls l’olivier et les roseaux gardent leurs froufrous qui font heureusement chantonner  le vent et la sapinette encore trop jeune, attend Noël comme une enfant.

Dans ce cabaret en plein air, la lumière crépusculaire peint sur les arbres des ronds, des rayures, des taches, une déclinaison de bruns ; sa poésie sculpte les troncs sans les blesser, les caresse, les embrase, les maquille,  rend fantasques leurs formes et fantasmagorique mon jardin. Richard Buren pourtant n’y est jamais venu…mais vous, si vous y venez,mettez, s'il vous plaît,vos habits de gala…

Anny C.

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Commentaires

02.11 | 07:51

Georges Brassens et sa poésie... pourquoi pas comme thème d’un atelier d’écriture ?...
Merci Anny pour ce texte prouvant son éternité...

...
15.10 | 08:05

Merci Marc pour cette pépite sauvée au temps.

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14.10 | 10:21

Bonjour Any,

Une nouvelle pépite, que vous connaissez peut être - "Lettre d'une inconnue" - de Stefan Zwieg....

Bon dimanche ,

marc

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25.09 | 17:16

Merci CHristine fidèle amie

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