Cartes postales postées

CARTE POSTALE DE DERRIERE LES FAGOTS

 

 

Chers amis,

(En rangeant mes bûches pour l'hiver j'ai retrouvé une carte postale  que je devais vous envoyer au début de l'été.C'est donc avec un peu de retard que je vous la poste aujourd'hui en ce 2 Novembre 2012 à la fois doux et sévère.Elle vous parle du Gers et de ces petits villages dont Brassens a chanté l'esprit de clocher!) 

En un jour, en un lieu

                    Castelnau d’Arbieu …

 

 

 

Du plus loin qu’il m’en souvienne, c’est une longue côte et c’est une descente vertigineuse qui, dans mon enfance, me conduisaient dans cette campagne gasconne où nous avions des cousins paysans qui nous invitaient, mes parents, mon frère et moi, à des ripailles rabelaisiennes dont il me reste aujourd’hui l’odeur des foins entre les plats.

 

Et c’est la même sensation que je ressens au moment où je me mets à évoquer ce lieu, bien des années après…

 

Oui, aujourd’hui, à Castelnau d’Arbieu, je me régale !

 

Les melons, les grillades, les tartes d’abricots du pays, les vins choisis par les amis délicats et généreux, mettent un point d’orgue à une saison d’écriture tissée comme une toile de liens, dans les ateliers de Lectoure. J’écoute, avec un vrai plaisir, les contes vivants de Christian et la douce chanson de John. Mon cœur rend grâce à l’hospitalité de Janine et de Robert. Pour venir, j’ai sillonné la campagne depuis Fleurance et j’ai, à un certain moment , aperçu, se fondant presque dans un cyprès, le clocher du village. Je sais, par mon amie Janine, qu’il lève son doigt vers le ciel pour demander l’heure : à Castelnau, on n’est pas à une minute près ! Mais moi, je me suis pressée pour venir à ce rendez-vous d’amitié d’écriture. 

 

Sur la terrasse somptueuse avec vue sur les blés, sur les parcelles vertes et blondes, sur les bâtisses gasconnes, j’ai retrouvé les amis et nous avons parlé du sens du récit, de la palabre qui séduit, de celle qui embarque, embrase.

 

Et puis, je suis allée me promener sans but, trouver un regard neuf, ne plus rien projeter, épouser le mouvement des blés, m’apercevoir que les feuilles du tilleul, tombées à terre, avaient le même blond fané et sentir alors que l’été ne durerait pas.

 

Déjà l’automne dans ces feuilles ?

 

« Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin… ».

 

Dans le village, comme la dernière habitante, j’ai marché, seule.

 

C’est un piton ce village, un rocher, un mont de pierres douces, de torchis rugueux, de cubes qui s’incrustent comme des amoureux ; la maison de Janine et de Robert est ouverte, accueillante, fleurie; celle que je vois sur la place est fermée, inaccessible, austère; celle qui me passe à côté est coquette, son jardinet est soigné.

 

A Castelnau, l’harmonie naît des contrastes.

 

Les géraniums des vivants fréquentent les morts du Monument, au centre du village.

 

Qui reste à Castelnau ?

 

Les hirondelles font un vif charivari, les grillons osent les plus beaux trémolos, les cigales chantonnent.

 

A Castelnau, nul silence, mais un concert d’heureux oiseaux.

 

A Castelnau, les cloches sonnent des mariages sans mariés : ici, on est dans le possible, on ne sait jamais…

 

Quand le feu de midi a allumé les fentes des ruelles, je me suis reposée sous un marronnier.

 

L’arbre frais, patient, définit la région. Je le connais par cœur : ses fleurs blanches ou rosées se dresseront plus tard, avant de pleuvoir des larmes papillons, et puis, ses marrons rouleront comme des billes sur les chemins quand le marron des marrons sera brillant comme un meuble ciré en automne.

 

Maintenant, les roses sont belles, anciennes ou pas, mais elles doivent accepter la concurrence des autres fleurs : roses trémières et chèvrefeuille. Leurs senteurs m’ont accompagnée jusqu’à la place de l’église où une impression de liberté sensuelle m’a inondée.

 

L’appel du large avait dû conduire les habitants ailleurs…

 

Cependant, une jeune fille est sortie de chez elle, a fendu la rue en tenue d’été, sa robe noire frôlant les murs grèges : envol intemporel, presque andalou…

 

En quittant les ruelles, je me suis enivrée d’une déclinaison de verts foncés, clairs, tendres, graves, prenant des formes horizontales et verticales, se roulant en boules, fusant comme des écheveaux, découpées, respirant, courant au loin, à perte de vue.

 

Mais les verts de Castelnau ne désirent aucun qualificatif, ils sont de Castelnau, cela leur suffit et suffit à me faire tourner la tête…

 

J’ai divagué lentement d’un côté à l’autre de la rue : pas une voiture, pas un chat ou… presque puisqu’une maman qui jouait au ballon avec son garçon lui a dit de ne pas traverser !

 

Pourquoi ? On peut, partout, bien sûr, faire de mauvaises rencontres !

 

A ce moment-là, j’ai croisé Mme le maire et son mari qui me confièrent qu’il y avait des « turbulences » dans leur village, que tout n’était pas aussi rose que je le croyais.

 

Castelnau Clochemerle ?

 

Je compris bien vite que la paix n’était qu’apparente, qu’on cachait peut-être des armes dans les fourrés.

 

Étais je en Corse ? 

 

Mes dernières illusions tombèrent : les havres de paix n’existent donc que dans les contes !

 

Je suis rentrée chez mes amis dans un autre état d’esprit : les hirondelles m’agacèrent, il me tardait d’arriver chez eux, je sonnai à leur porte :

 

- Vite vite ouvrez moi !  Mon air inquiet les intrigua :

 

- Tu as un problème ?  J’avouai avoir rencontré des gens peu recommandables : un moustachu qui se croit partout chez lui et une femme qui ne sourit jamais.

 

Mes amis me firent les gros yeux ; je jurai que je n’avais rien dit de ce que nous avions tramé dans nos écrits, rien dit de nos commentaires sur l’horloge du village qui ne compte plus sur personne pour donner l'heure, rien dit de notre ami JP qui dit que « ça le gonfle toutes ces histoires », rien dit…juré, craché !

 

Mes amis me crurent et... on a bien mangé, on a bien bu, on a bien écrit et bien vécu dans ce village gascon fier comme D’Artagnan, et...ne le dites à personne, mais la prochaine fois que j’y viendrai, je ferai attention à qui j’adresserai la parole au cas où on me tendrait une embuscade. Quel beau titre ce serait pour la Dépêche du midi ! 

 

 « A Castelnau d’Arbieu, des ateliers d’écriture cachent de dangereux terroristes à la plume acerbe » !

 

 

 

Ah…mes bons amis, on n’est tranquille nulle part même pas à Castelnau d’Arbieu !

 

 30 JUIN 2012

 

 

&

 

 

                                      

 

 

 


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Commentaires

02.11 | 07:51

Georges Brassens et sa poésie... pourquoi pas comme thème d’un atelier d’écriture ?...
Merci Anny pour ce texte prouvant son éternité...

...
15.10 | 08:05

Merci Marc pour cette pépite sauvée au temps.

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14.10 | 10:21

Bonjour Any,

Une nouvelle pépite, que vous connaissez peut être - "Lettre d'une inconnue" - de Stefan Zwieg....

Bon dimanche ,

marc

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25.09 | 17:16

Merci CHristine fidèle amie

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