Cartes postales postées

LA MOUETTE

Chers amis,

Je vous écris du Port de Meyeran, en ce si doux septembre 2012, pour partager avec vous un moment d'éternité,

Voyez cette mouette ... si je la photographie, je fige sa ligne de fuite, si je la filme jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans le tangage ancré des barques, j'ai l'impression de la chasser.
Sur le canal, elle navigue et le ciel teint ses ailes en bleu. Des troubles de gris rament sous elle; la mouette, lissée par la brise marine, glisse. Je l'accompagne du regard, nous voguons.
Ignorant tout cliché, un rire rauque éclate soudain: en septembre, la mouette fait son intéressante sur l'eau comme au ciel.
Les peintres ont remis les aquarelles à l'eau. Libres, des palettes bordées de larmes et de tas de tuiles chaulées s'alanguissent. Le bronze des algues signe les nouveaux tableaux aquatiques et changeants.L'air est chaud encore, des touristes photographient tout, ne voient rien, font du bruit. La mouette, indifférente et lointaine, se retourne à peine, se mire dans l'eau,"maman les p' tits bateaux..." , sourit à son bec rouge et brun qui tremble; son œil vif, maquillé de nacre, n'en perd pas une. Fière, sa queue gouverne l'embarcation de duvets doux" rêvés pour l'hiver...".
Sur la berge, des huitres en coquilles ouvrent grandes leurs gueules comme des crocodiles, offrant leur chair musclée aux gourmets comblés des senteurs d'un vin blanc floral et fruité.
La paix du lieu fend le bassin, dessine des arabesques de brunes échevelées, célèbre l'horizontalité piquée de perches dans la lagune. La mouette ira-t-elle jusqu'à elles ? Elle disparaît de mon champ de vision.Ailes déployées, la barque s'est envolée, soulevée par les vents. Maintenant cerf volant, planeur, montgolfière, elle dessine dans l'air des figures qui enchantent le soleil et elle se vautre dans ses rayons, enivrée d'or et de lumière. Elle rejoint bientôt l'escadrille de ses semblables : grégaire, elle se fond dans un éventail de plumes grisées qui s'ouvre dans le vent pour dessiner un ballet aérien dont la chorégraphie se reflète dans le miroir sans tain du bassin d'Arcachon. L'espace est entièrement occupé par ces voyageuses qui se rient  du temps qui passe.
Comme elles,voulez-vous plonger avec moi dans l'éternel envol, voler dans les fonds clairs, devenir bois flottant entre deux rives, ne pas vous lasser du rythme des saisons, embrasser le cosmos dans l'innocence des origines, devenir les enfants "de la haute mer", le cœur de la vague, une onde de gravité, la houle diffractée, un point à l'horizon et disparaître pour renaître encore, en vous fondant dans de blanches traînées célestes, au rythme d'un impromptu de Schubert inaudible aux gens pressés et... la cage de nos âmes grande ouverte, laisser venir le serein présage adoubé de silence, de nos jours à venir ?

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Commentaires

02.11 | 07:51

Georges Brassens et sa poésie... pourquoi pas comme thème d’un atelier d’écriture ?...
Merci Anny pour ce texte prouvant son éternité...

...
15.10 | 08:05

Merci Marc pour cette pépite sauvée au temps.

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14.10 | 10:21

Bonjour Any,

Une nouvelle pépite, que vous connaissez peut être - "Lettre d'une inconnue" - de Stefan Zwieg....

Bon dimanche ,

marc

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25.09 | 17:16

Merci CHristine fidèle amie

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