Mes Poèmes au fil des jours et des nuits/tous droits réservés

Va

 

 

"Entraille-toi 

Va vers ta prochaine naissance"

 

Anny C.

La blanche tonnelle de roses
Ploie sur des coussins verts
Révérencieuse quand tu passes
Enivré de son parfum

La blanche tonnelle de roses
Ebouriffée par les grands vents
Te griffe quand tu passes
Décoiffé par une tige lasse

La blanche tonnelle de roses
S’enroule au cou d’une colombe
Etole de soie sauvage
Traîne de nuée qui passe

La blanche tonnelle de roses
Et la blanche colombe
Passent.
Anny C.
C’était un ciel aux couleurs indicibles
Les nuages passant semblaient des orques bleus
On ne savait ni le fond ni la forme
A chaque seconde le tableau s’effaçait
En vain l’oeil voulait le saisir
Pas d’image de lui pas de traitre cliché
Les nuages perdus laissaient le ciel à vif
Qui appelait un autre amour.
Anny C.
Nouvellement

Et dans cette douceur
Sur la vie plus forte que tout
Des anges passent

Entrant dans l’âge de tendresse
Effaçant les pas dans les boues
Les enlisements et les peurs
Le cœur
Mis à nu
Ne tremble pas
Protégé de flocons de neige
Et de larmes pleines de rires

Aux abois
Les bois se taisent
Les cerfs s’endorment
Et les biches bondissent dans les fourrés
Les fougères scintillent
Les mousses frisent près des sources

Il y a Rimbaud de nouveau
Il y a les poètes ressuscités

Sur la vie plus forte que tout
Il y a l’enfance
Il y a l’enfant
Éternité des soleils et des aubes

Longtemps
Long le temps

Un lavis
La vie.

Anny C.

inédit avril 2019






Anny C.

 

L’initiale de mon prénom est un A.

Enfant, j’ai appris à l’écrire en traçant trois traits : le premier oblique descendant à gauche, le second oblique descendant à partir du sommet du précédent trait, à droite, la troisième transversal court et droit reliant les deux.

Cela réalisait un A majuscule.

J’écris de plus en plus souvent au clavier de l‘ordinateur et ne prends la plume que rarement. C’est ce que je fis dernièrement et, traçant un A majuscule pour écrire Avril, je constatai que je n’écrivais pas mon A ainsi que je l’avais appris mais de la façon suivante : partant du bas (et non du haut) à gauche, je m’élevais en oblique puis, sans lever la plume, descendais en oblique droit et remontais sans toujours lever la plume pour nouer les deux obliques ensemble au milieu. Cela faisait un A plus rond, sorte de nœud marin que je ne peux pas dessiner au clavier.

Alors, surprise par mon geste, me revint le souvenir d’une séance de devoirs « à la maison » pendant l’école primaire. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Cette séance avait lieu chez mon amie d’enfance M. C’était, pour moi, une fête de faire les devoirs chez elle, sur la grande table carrée de la salle à manger que je connaissais bien, fréquentant régulièrement sa maison auprès de sa mère qui brodait au bord de la fenêtre telle le brodeuse de Vermeer. C’était une fête pour moi, car c’était rare que j’eusse le droit de rester chez M. pour faire mes devoirs. Nous étions toutes les deux dans la même classe, nous étions inséparables. Ce jour- là, un jeudi sans doute, son père passa auprès de nous et dit à M. que je formais mieux les lettres qu’elle, qu’elle devait prendre exemple : j’en fus saisie.

L’autre jour, écrivant donc un A d’Avril, je constatai que je faisais le A comme M. Le geste mimétique, parfaitement semblable à son A que je reconnaîtrais entre mille était une étrange inversion qui avait ancré en moi la parole de son père comme si je ne voulais pas écrire mieux que mon amie, trouvant, finalement son A plus harmonieux que le mien.

Mon geste signait l’enfance fusionnelle, et même si les liens se sont déliés, laissant des barres de A dispersées comme des bûchettes, si j’écris encore souvent, pas toujours, un A façon M, je revois le buffet de la salle à manger, la chaise de la brodeuse, l’évier dans le coin à gauche, les tomettes rouges du sol, la fenêtre ouverte sur les immenses cèdres bleus de la maison d’en face, le banc de pierre de l’autre côté de la rue où nous avons tant ri et tant rêvé, de la rue qui s’appelait « Des alliés » comme par hasard, et j’entends les voix des autres camarades, je revois la lumière des soirées d’été pendant les grandes vacances, je ressens les heures comptées avant le rappel familial comme un arrêt sur image… ville et jardins dans ma tasse de thé a écrit Proust, car mon geste reconstitue un A majuscule et fier , véritable tour Eiffel du pays de l’enfance.

 

 A St John Perse, ( tasse de thé de M.) , qui demande :

«Sinon l’enfance , qu’ y avait-il alors qu’il n’y a plus ? »,

je peux, (ayant maintenant écrit ma page d’écriture), enfin  répondre : un A majuscule !

 

 

 

Anny C

Fil rouge aux grains de grenade

inédit

 

 

 

Commentaires

19.05 | 17:23

Suite - … Je le trouve nettement plus fort par rapport à sa forme interrogative. Merci . marc

C'est tout..........,

...
05.01 | 17:10

Bonjour Any,

J'écoute avec plaisir Léo Ferré que j'ai tardé à aimer...seul Jacques Brel me plaisait .

Comment se présente 2019 pour vous ? Utopia un an déjà

...
02.11 | 07:51

Georges Brassens et sa poésie... pourquoi pas comme thème d’un atelier d’écriture ?...
Merci Anny pour ce texte prouvant son éternité...

...
15.10 | 08:05

Merci Marc pour cette pépite sauvée au temps.

...