EPHEMERIDE

Vous savez combien Albert Camus

a rendu hommage à son instituteur dans une lettre fameuse qu'il lui a envoyée après avoir reçu le prix Nobel de littérature:

Cher Monsieur Germain,


J'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j'en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces.

Albert Camus
19 novembre 1957
 
&
 
Monsieur Germain lui répondit une longue lettre dont voici ce bel extrait:
 
"Je crois, durant toute ma carrière avoir respecté ce qu'il y a de plus sacré dans l'enfant : le droit de chercher sa vérité. Je vous ai tous aimés et crois avoir fait tout mon possible pour ne pas manifester mes idées et peser ainsi sur votre jeune intelligence." 

 

& voilà qu'aujourd'hui...Dans le cadre du week-end estival Albert Camus, France Culture et Rachid Santaki s’associent pour créer la première Dictée Géante diffusée simultanément à la radio et sur les réseaux sociaux de la chaîne. 

Un événement ludique et interactif ouvert à tous, ce dimanche 28 juin, à partir de 15h30...


Aube




J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route
du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes
se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq.
A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre,
je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu
son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

 Illuminations

Il y a quelques jours l'association Talents a organisé une sieste poétique et musicale sous de grands arbres tremblants de lumière, j'aime ces moments spéciaux comme on dit effets spéciaux qui nous enveloppent de mots  qui se sont rencontrés on ne sait comment ni surtout pourquoi !

"De temps en temps, il est bon et juste de conduire à la rivière la langue française" (René Depestre)

Alors j'envoie aujourd'hui cette émission délicieuse venue des Nuits de France Culture  que vous pourrez écouter pendant votre sieste estivale :

En 1995, France Culture proposait un montage exceptionnel d'archives, une anthologie poétique lue par les poètes eux-mêmes, parmi eux : Andrée Chedid, René Char, Jean Genet, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor...

Bonne écoute...


https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/quand-andree-chedid-rene-char-et-aime-cesaire-esquissent-leur-anthologie-poetique-0

A.CHEDID, R. CHAR, G. SCHEHADE,  Y BONNEFOY , R.  CAILLOIS,A.CÉSAIRE,E.GLISSANT, M.KERREDINE, J.GENÊT, R.DEPESTRE, R.QUENEAU , E.GUILLEVIC, N.SARRAUTE,G.PERROS, H.THOMAS,

 

L.WOUTERS, B.NOËL,P.EMMANUEL,JM LE CLEZIO, TCHIKAYA U TAM ' SI,G. MIRON, L.SEDAR SENGHOR , L.P.FARGUE                                           &

L'ami