EPHEMERIDE

Texte

  Quelques pétales sur mes chemins parcourus ...

  "La secrète beauté des choses"(Alain Fournier)

   

J'aime bien ces moments où se rencontrent  mes chemins partagés et les chemins qui  traversent les ondes. 

Ce fut le cas hier sur FC, dans "La compagnie des oeuvres" : focus zoom sur Alain Fournier

.

J'étais allée visiter le musée - école d' Epineuil le Fleuriel l'année de ma retraite, comme pour entrer dans le roman que j'avais si souvent ouvert avec émotion, en classe, avec mes élèves.

L'an dernier, avec mes amis de l'association Talents (et mes amis Berrichons), j'ai eu le plaisir d'y revenir, de rentrer dans la cour de l'ancienne école primaire et de faire une dictée au porte- plume dans une salle de classe  du début du XXème siècle. L'atmosphère en disait long sur les vies "sacerdotales" des couples d'instituteurs et pouvait nous laisser imaginer les rêveries d'évasion  des écoliers.

"Le Grand Meaulnes",  lu à l'adolescence, s'inscrit en soi comme un songe indélébile.

Si vous êtes de ceux-la, écoutez l'émission savoureuse   https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-oeuvres/inoubliable-alain-fournier-14-une-vie-de-grands-desirs-ecrases , vous vous régalerez d'une langue pure et sensuelle à la fois, et connaîtrez mieux l'auteur virtuose.

 

Voici un joli passage: (et, il y en a bien d'autres!)

 

"Je n’avais jamais fait de longue course à bicyclette. Celle-ci était la première. Mais, depuis longtemps, malgré mon mauvais genou, en cachette, Jasmin m’avait appris à monter. Si déjà pour un jeune homme ordinaire la bicyclette est un instrument bien amusant, que ne devait-elle pas sembler à un pauvre garçon comme moi, qui naguère encore traînais misérablement la jambe, trempé de sueur, dès le quatrième kilomètre !… Du haut des côtes, descendre et s’enfoncer dans le creux des paysages ; découvrir comme à coups d’ailes les lointains de la route qui s’écartent et fleurissent à votre approche, traverser un village dans l’espace d’un instant et l’emporter tout entier d’un coup d’œil… En rêve seulement j’avais connu jusque-là course aussi charmante, aussi légère. Les côtes mêmes me trouvaient plein d’entrain. Car c’était, il faut le dire, le chemin du pays de Meaulnes que je buvais ainsi…

"Un peu avant l’entrée du bourg, me disait Meaulnes, lorsque jadis il décrivait son village, on voit une grande roue à palettes que le vent fait tourner…" Il ne savait pas à quoi elle servait, ou peut-être feignait-il de n’en rien savoir pour piquer ma curiosité davantage.

C’est seulement au déclin de cette journée de fin d’août que j’aperçus, tournant au vent dans une immense prairie, la grande roue qui devait monter l’eau pour une métairie voisine. Derrière les peupliers du pré se découvraient déjà les premiers faubourgs. À mesure que je suivais le grand détour que faisait la route pour contourner le ruisseau, le paysage s’épanouissait et s’ouvrait… Arrivé sur le pont, je découvris enfin la grand-rue du village.

Des vaches paissaient, cachées dans les roseaux de la prairie et j’entendais leurs cloches, tandis que, descendu de bicyclette, les deux mains sur mon guidon, je regardais le pays où j’allais porter une si grave nouvelle. Les maisons, où l’on entrait en passant sur un petit pont de bois, étaient toutes alignées au bord d’un fossé qui descendait la rue, comme autant de barques, voiles carguées, amarrées dans le calme du soir. C’était l’heure où dans chaque cuisine on allume un feu."

(Livre de poche, pp. 160-161)