EPHEMERIDE

Glisser comme un lézard

 

 

"Ma grand-mère était un jardin. Bien avant l'aube, elle glissait comme un lézard d'un arbre à l'autre, disparaissait entre les feuilles des artichauts, ramassait les fraises des quatre saisons dans son tablier, ou les poires gonflées de fraîcheur,redressait les pieds de tomate, se noyait dans l'odeur âcre des feuilles de chrysanthème, et dans la légère brume qui débordait de notre ruisseau. (...) Elle avait un faible pour les rosiers quels qu'ils fussent: les hauts, les souffreteux,et ce rosier de sa fenêtre qui fleurissait encore après Noël, et l'autre aussi, le violet qui se souvenait du temps d'avant les roses roses.(...)Le monde d'avant la clarté du jour, je le devinais aux présents que m'apportait ma grand-mère quand je me réveillais:le premier raisin noir, une tige de digitale ou de mauve, un oiseau tombé du nid et que je devrais réchauffer, une plume fugace.Un matin d'hiver, elle m'apporta, en riant, une aiguille de glace qu'elle avait cueillie au bord du puits."

Bernard Manciet

traduit de l'occitan par Guy Latry

Jardins perdus

(ed. L'escampette)

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Commentaires

06.08 | 15:40

Bonjour Anne Marie,

Quel plaisir d'écouter Pascal Quignard, que je n'ai jamais réussi à lire, je vais essayer à nouveau avec "l'Homme au trois lettres".

marc

...
13.07 | 17:23

plus de cejourdhui! horreur et damnation, poussée de fièvre; je n'avais pas vu ce dernier et me consolais dans Talents et en égrenant tes délicieuses arilles

...
29.01 | 10:27

pensées éphémères - non non non elles restent gravées dans les coeurs de + en + profondes avec le temps qui passe Rose-Marie

...
19.05 | 17:23

Suite - … Je le trouve nettement plus fort par rapport à sa forme interrogative. Merci . marc

C'est tout..........,

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