EPHEMERIDE

Ce point de confiance


"-La mauvaise énergie est celle qui consiste à essayer de forcer les chemins du ciel. La mauvaise énergie est celle qui veut accélérer chimiquement les battements du coeur. La mauvaise énergie, c'est vouloir tout tout de suite, les applaudissements avant même d'avoir commencé l'effort... Notre époque veut du sur-vitaminé. Elle a oublié la lenteur. J'essaie, par les livres que j'écris, de retrouver cela, de faire revenir la lenteur. 

-Faut-il avoir beaucoup souffert pour arriver à un tel détachement?

-Je ne sais pas quoi dire… la vie vous savez, est tellement dure... La vie a été beaucoup plus dure pour tellement plus de gens que pour moi... Comment pourrais-je dire que j'ai souffert alors que se passent encore certaines choses aujourd'hui ? Je dirais simplement, par pudeur, que je n'ai pas abandonné l'enfant que j'étais. Voilà. 

-J’étais un enfant qui ne faisait pas grand-chose. Qui regardait par la vitre. Qui regardait ce qu'il se passait quand il se passait quelque chose. Nous prenons notre véritable visage et notre véritable force dans l'enfance.

Ma vie sourit parce qu’elle sort du noir. C’est ça convertir le drame en joie : d’abord en éprouvant la sensation de confiance dans la base de la vie. Il arrive que la vie soit partie. Que l'on soit délaissé, abandonné. Chacun fait cette expérience tôt ou tard, et parfois sur une durée très longue. Soit. Mais même dans ces moments-là, il y a quelque chose qui ne nous quitte pas, que je ne saurais pas nommer, que je ne veux pas nommer - parce que la nommer, ce serait l'abîmer et, peut-être, la faire fuir à jamais. Il y a un point de confiance, quelque chose en nous comme une petite chambre dans le coeur, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne. Pas même ceux que nous aimons parce que le coup peut aussi venir, parfois, de ceux que nous aimons. Ce retrait-là permet de traverser tous les hivers, tous les incendies. Pourquoi ? Je n'ai pas d'explications. C'est comme ça : c'est là. Je ne peux rien expliquer. Vouloir expliquer le monde c’est comme vouloir faire entrer des roses dans un vase à coup de marteau. "


Christian Bobin./ FRANCE INTER.

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Commentaires

06.08 | 15:40

Bonjour Anne Marie,

Quel plaisir d'écouter Pascal Quignard, que je n'ai jamais réussi à lire, je vais essayer à nouveau avec "l'Homme au trois lettres".

marc

...
13.07 | 17:23

plus de cejourdhui! horreur et damnation, poussée de fièvre; je n'avais pas vu ce dernier et me consolais dans Talents et en égrenant tes délicieuses arilles

...
29.01 | 10:27

pensées éphémères - non non non elles restent gravées dans les coeurs de + en + profondes avec le temps qui passe Rose-Marie

...
19.05 | 17:23

Suite - … Je le trouve nettement plus fort par rapport à sa forme interrogative. Merci . marc

C'est tout..........,

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